Un entrepreneur marseillais investit sa fortune dans l’action sociale et environnementale

Un entrepreneur marseillais investit sa fortune dans l’action sociale et environnementale

Millionnaire après la revente de sa start-up Miyowa, Pascal Lorne a choisi de tout réinvestir dans l’action sociale et environnementale.

vu sur : Les Echos

Que faire de son argent quand on a fait fortune dans Internet ? « Le donner », vient tout simplement de décider Pascal Lorne, après quasiment cinq ans de « flottement » entre l’envie de faire fructifier ce patrimoine fraîchement acquis ou d’en faire « un outil d’implication citoyenne ». Ses millions ne flamberont pas : placés dans le réseau d’investissement social et environnemental Toniic, le pool éthique PhiTrust et le fonds de dotation Gojob, qu’il a créé pour aider les plus éloignés de l’emploi, ils doivent maintenant « revenir à la société qui a permis ma réussite ». Parmi ces investissements figurent par exemple l’acquisition des locaux marseillais de Croix-Rouge insertion, convoités par un promoteur qui promettait à ses locataires l’expropriation, ou encore la transformation de 3.000 mètres carrés de friche en espace de co-working social mêlant bureaux partagés, habitat et restauration bio au coeur de la cité phocéenne.

« Cela ne signifie pas que je me défais de tout, explique l’entrepreneur. Je me démunis de la propriété des choses, source de problèmes et de perte de temps, mais pas de l’usage. Mes investissements doivent rapporter au moins 8 % par an. J’ai un salaire de cadre, un toit, et cela suffit à mon quotidien. » S’ils ne révoquent pas son choix à leur majorité, ses trois enfants ne toucheront pas d’héritage. D’ici là, leur père leur transmettra ce qui a contribué, selon lui, à sa réussite : une solide éducation et quelques contacts.

Le passé de Pascal Lorne n’est pas étranger à ce choix radical. Elevé dans une famille croyante, il a grandi entouré d’enfants défavorisés qu’accueillaient ses parents catholiques. « J’ai compris plus tard le service qu’ils m’avaient rendu en volant ma jeunesse dorée : faire le choix de s’enrichir des autres plutôt que de s’appauvrir seul, gavé de millions », résume-t-il.

Avant lui, son grand-père maternel avait poussé jusqu’au bout cette logique. Directeur d’usine, il avait fini par tout plaquer après le décès de sa femme pour entrer dans les ordres, cédant au passage la totalité de son patrimoine aux nécessiteux. « C’est l’élément fondateur de ma propre démarche, livre le philanthrope. Il a vécu dans cette période les années les plus sereines de son existence en donnant toute son importance au chemin de vie plus qu’aux biens qu’une carrière permet d’accumuler. »

Longtemps, après des études d’ingénieur et un début de carrière fulgurant dans l’équipe de Carlos Ghosn, qui ouvre la filiale brésilienne de Renault au milieu des années 1990, l’entrepreneur a pourtant pensé acheter sa liberté grâce aux richesses matérielles. Plusieurs fois, il a tenté de réussir en affaires, échoué, puis est enfin parvenu, avec Miyowa, à trouver le créneau idéal en développant, pour Facebook et Twitter, notamment, la portabilité mobile d’applications Internet. Fin 2011, la jeune pousse tombe entre les mains de l’américain Synchronoss, coté au Nasdaq. Montant de la transaction : 59 millions d’euros. « Un énorme sentiment de tristesse m’a envahi à la signature de l’acte de vente », confie le patron. Sa « traversée du désert » a pris fin avec ses premiers investissements sociaux et la création l’an passé de Gojob, une nouvelle start-up qui veut bousculer les règles du recrutement. Son rêve : « Créer un nouveau modèle social qui change la vie des gens. » Et, au passage, donner du sens à la sienne.


Paul Molga, Les Echos – Correspondant à Marseille