Ecodis innove pour s’affranchir des actionnaires

Ecodis innove pour s’affranchir des actionnaires

Pour éviter d’être racheté et afin de protéger son modèle social, la société Ecodis de Saint-Nolff, dans le Morbihan, a cédé son capital à un fonds de dotation. Une première en France.

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« Je voulais montrer qu’on pouvait avoir une entreprise qui fait des bénéfices avec un modèle économique alternatif qui donne du sens à l’argent et au travail. » Créateur de la société Ecodis, spécialisée dans le développement et la diffusion de produits écologiques non alimentaires pour les magasins bio, Didier Le Gars vient d’en changer radicalement les statuts.

Créée en 2000, cette société anonyme de 13 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 35 salariés, était détenue par une douzaine d’actionnaires. Depuis le 1er janvier, son capital a été intégralement transmis à un fonds de dotation qu’il a créé : Ecodyssée. « Ce fonds de dotation permet de s’affranchir d’actionnaires, de la question de la valorisation de leurs parts, du versement de dividendes, de l’enrichissement personnel sans lien avec l’activité économique ou encore de la cession des parts à un tiers », explique sa directrice adjointe, Marie-Laurence Le Ray.

Un modèle à protéger

« Notre société est issue de l’économie sociale et solidaire, via un passage sous forme de coopérative », raconte Didier Le Gars, qui souligne que l’efficacité économique n’a pas été le seul but recherché par les fondateurs d’Ecodis.

Ces derniers avaient, dès sa création, doté leur société d’acquis sociaux comme les 35 heures de travail hebdomadaire sur quatre jours, une échelle de salaires réduite avec un rapport de 3,5 entre le plus bas et le plus haut salaire de l’entreprise, 2,5 mois de salaire d’intéressement et des dividendes versés aux actionnaires « plus que réduits ».

« La volonté d’utiliser le résultat pour les salariés et les investissements a toujours été une évidence », explique Didier Le Gars. Une évidence aujourd’hui… mais demain ? « Il y a beaucoup de concentrations parmi les acteurs historiques des produits écologiques. Nous avons reçu plusieurs offres de rachats l’an passé. De nouveaux actionnaires extérieurs n’auraient pas forcément gardé le même modèle », confie son fondateur qui a étudié plusieurs montages pour protéger son modèle : association loi 1901, fondation, etc.

Comment ça marche ?

Le fonds de dotation est apparu le plus intéressant en termes d’incidences fiscales. « Ce n’est pas à 100 % philanthropique ! Les actionnaires ont vendu leurs parts au fonds de dotation qui s’est accompagné d’une levée de fonds. Nous sommes quatre à y avoir contribué et à siéger au conseil d’administration. »

Aujourd’hui, Ecodyssée est le premier fonds de dotation en France qui détient le capital d’une activité économique. À but non lucratif, il peut accepter les dons ou legs, mais ne peut être acheté.

Piloté par un conseil d’administration très restreint composé de dirigeants d’Ecodis et de personnes extérieures cooptées, le fonds de dotation sera alimenté chaque année par une partie des résultats d’Ecodis. « Une fois que tout le monde est payé, au lieu de remettre les dividendes aux actionnaires, nous pourrons investir ou financer des projets sociaux et écologiques comme nous le faisons déjà. »